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07.03.2007

Crépuscule d'un jour annoncé

Il arrive un jour où on sait que le lendemain sera différent, où il y a un avant et qu’il y aura cet après qu’on pressentait et on redoutait. Le matin de ce jour, on fait le bilan de cette vie, souvent loin de ce qu’on avait imaginé, de ce que l’on avait rêvé. Le jour où on s’est dit qu’on deviendrait un champion au classement international, qu’on ferait la une des journaux et qu’on ferait la pub pour la célèbre marque fétiche de sport. Contre toute attente, on se sera contenté d’un bac ou au max d’un DUT compta ou de STAPS, on aura passé les cartes, on aura passé les douanes et l’international était là, beaux hôtels et rococo surfait, on aura tout donné, on aura épousé son caddie ou la fille du coach ou du président de l’asso, on sera parent d’un bout de chou qui préfèrera le basket au golf. On aura connu quelques victoires avec des promesses d’el Dorado au soleil, on se voyait le plus heureux des hommes et il y aura eu ces quelques articles de journaux, mais jamais de couverture, toujours à l’ombre des plus grands, de ce qui est reconnu, de ce qui existe vraiment. Et puis même si on a du mal à l’accepter, on se rendra vite compte que la vie rêvée des champions s’éloigne de nous, on a envie de ramer à contre-courant mais la vérité est là et nous rattrape un beau jour ; on essaie dans un dernier relent d’orgueil, de déni, d’essayer de trouver une solution mais les bonnes personnes sont à la mauvaise place et inversement. Le décor n’est pas planté pour le conte de fée qu’on dessinait. C’est fini, c’est la fin d’une carrière, c’est la fin d’une histoire. Cette histoire qu’on voulait écrire avec un grand H, cette histoire qui rimait trop avec bonheur mais qui laisse une amertume et une rancœur au fond des tripes. On essaie de trouver le coupable, la mauvaise décision, le mauvais moment, le « ce qui a fait quoi pour que » cela finisse comme ça. Peut-être qu’on est resté trop dans l’ombre d’un autre, pas assez d’éclat sur nos faits, pas assez de conviction ou de soutien sur nos performances ou ce qu’on pouvait apporter de différent, de neuf ou parce qu’on ne valait pas le coup ? Peut-être que c’était un effet de mode, arrivé trop tôt ou trop tard dans le circuit, 7 ans avant ou 10 ans plus tard, qu’est-ce que cela changeait ? De nouvelles cartes, d’autres circuits, une autre vie ? Ce jour est arrivé. Le jour où on dépose les armes, rend le tablier, met les clubs au garage. Le terme de retraite est officiel mais pourquoi l’employer puisque cela ne nous convient pas, on est jeune, on a encore les 2/3 de la vie devant soi, mais ce jour est la tranche entre le trop tôt, le trop tard, maintenant entre l’avant et l’après. Il faut faire comme si mais on est plus ce qu’on était avant, on déroge aux Règles sinon. On poursuit les activités qui ne mettent pas cette réputation ou ces talents mal exploités pour continuer à gagner sa croûte, à faire ses tâches vulgaires de papier, ce job de reconversion où on ne capte pas tout le langage d’une requalification d’une base et d’un blacklistage, c’est loin des cartes de score. On continue à saluer ceux qui nous ont aimé un moment puis laissé tomber faute de résultats, faute de confiance, faute de maturité des faits, des personnes, de tout. C’est une étoile qui s’éteind, un système qui tombe mais l’univers perdure. Si seulement, cela avait été différent, tout à graviter continuellement autour du soleil, si l’attraction du firmament n’avait pas grillé les ailes, si l’opportunité avait été plus saisissable. Si, seulement si... Il n’y a plus de soleil, il ne reste qu’à rentrer sous les lumières des néons, à rester dans l’obscurité de ces jours redoutés. Ce jour était déjà hier.

Au Soleil qui s’est couché

5 Mars 2007.

Commentaires

Un requiem rudement bien écrit.

salut à toi.

Ecrit par : Le renard | 15.11.2007

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