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13.12.2006

Le prix féminin de l'excellence

Ce n’est pas une révélation qu’hommes et femmes sont différents. Je médite depuis un moment sur mon état existentiel et un propos d’un pro sur l’enseignement. Les femmes trentenaires (comme moi) qui se mettent sérieusement au golf (j’insiste sur ce détail et enlever l’image récurrente de la nana qui suit son mec) prennent le golf et leur jeu un peu trop à cœur. La volonté de réussir, de savoir jouer dépasse complètement le plaisir de jouer, la détente et la notion de loisir. Le pro m’expliquait qu’elles n’avaient plus l’attitude « je veux le faire, je veux pouvoir le faire » mais une attitude « je dois le faire » et il m’a pris à témoin sur le terme de mon état « existentiel » qui manifestait exactement cet état. Rassurant, au moins je ne suis pas la seule. J’ai atteint un niveau, j’ai appris à taper, à faire des approches, à jouer avec tous les clubs, à adapter le jeu en différentes circonstances. Je sais jouer mais je ne sais pas jouer un bon parcours. Je sais mais je n’y arrive pas, inconcevable ! Je rate mes départs parce que le driver et moi font 2, mes approches sont aléatoires, mon putting est perdu, j’ai du mal à tenir sur un 18, résultat : score de débutant. J’en ai marre de cette situation, j’évite de jouer accompagnée et j’essaie de me trouver du temps pour m’entrainer tranquillement. Je reconnais que je me suis mise dans l’état «  Je me dois de réussir, je me dois de savoir jouer au golf ». Les raisons ? Elles sont vastes ; tant de temps, d’efforts, de cours, de stages, de motivation pour faire des ricochets avec la balle! Exigence, acharnement, le refus d’en rester là après tout ça, pas d’abandon, pas de doute permis. Et pourquoi les femmes s’acharnent à atteindre cette excellence ? That’s the question. Je ne vais pas généraliser mon cas à toutes les nanas de la cuvée des 70’s, mais « bordel, qu’est-ce-qu’on a galérépour arriver là ! », « Fais des études ma fille, tu travailleras », « marie-toi, ton mari te paiera la maison », «  fais des gosses, ils seront là pour ta retraite ». Du coup, tout pour avoir le meilleur CV, le meilleur job, le meilleur parti, le plus beau des gosses, le plus convoité des apparts…  Avec 30 ans dans l’ombre des glorieuses : chômage, inflation, guerres, sida, girouettes des prix, cancer, immobilier flambant, réformes bidons, 35 heures, l’euro, pollutions... On devait ne rien rater pour en arriver là. L’obligation depuis le berceau d’être parfaite, aussi intelligente que l’aîné du toubib, de se blinder au boulot et de résister à l’aplatissement contre le plafond de verre, de rester fraîche et désirable pour Lapin malgré la rougeole du dernier, les courses du samedi et le repassage de l’Himalaya le dimanche soir, donc après tout, ce n’est pas une petite balle qui va nous la faire.

Diagnostic du pro : il faut sortir de cet état d’esprit. C’était évident mais la réflexion reste sur le chemin à parcourir, comment parvenir à cet état de grâce? J’en sais assez pour me faire un auto 360° digne d’un coach et personnellement, c’est le job qui me pondère. Comment me faire respecter et obéir de ces hommes qui ne veulent rien entendre d’une nana ? Comment faire comprendre que j’ai plus de compétences que pour faire ce boulot digne du stagiaire ? Comment revenir à une situation où je fais un vrai 4/5eme et mon projet professionnel ? Comment je fais pour réussir les approches acquises sur le parcours ? Pas évident à part sortir du carcan et de la spirale infernale. Je suis nulle au bois, je n’y arrive pas, je score trop, même les basiques sont loupés, je ne veux plus jouer en équipe…aïe, on tombe dans l’Enfer de Dante. Pourtant, on sait y faire face (hop la petite robe noire chez Machin, hop le livre collector de bidule, hop le masque revitalift de chose..) mais là, c’est du lourd. Il va falloir prendre de sacrées résolutions pour dans 3 semaines !

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